Il est intéressant de remarquer que
le rapports de domination entre l'Homme et sa machine sont ambiguës.
Si la technologie fascine, elle est également souvent l'objet de
nombreuses craintes. La culture populaire notamment a sans cesse
retranscrit cette méfiance à l'égard de la mécanisation et de la
technologie.
L’Homme a créé la machine pour
qu'elle soit plus performante que lui dans l’exécution de
certaines tâches. La mécanisation de l'industrie par exemple va
permettre d’accélérer la cadence de production et de remplacer le
travail de plusieurs personnes. De là naît une inquiétude vis à
vis de la technologie. Si la création de l'Homme devient plus
performante que l'Homme lui-même, l'Homme en a t'il vraiment le
contrôle ? Si la technologie finie par remplacer l'Homme quel
est notre place sur la terre ? L'Homme est faillible, la machine peut-elle être parfaite?
Nous verrons qu'à travers toutes
les peurs exprimés autour de l’avènement des robots, l'Homme
cherche avant tout à questionner sa propre existence et sa place
dans la création.
Le soulèvement des machines :
l'apocalypse mécanique
“You
humans are biological machines designed to create ever more
intelligent tools. You have reached the pinnacle of your species. All
your ancestors’ lives, the rise and fall of your nations, every
pink and squirming baby – they have all led you here, to this
moment, where you have fulfilled the destiny of humankind and created
your successor. You have expired. You have accomplished what you were
designed to do.”
Robopocalypse, Daniel H. Wilson
Le soulèvements
des robots orchestré dans de nombreuses œuvres de fiction permet à
l'homme de se poser des questions sur sa place sur cette terre et les
raisons de son existence. C'est d'autant plus marquant quand, comme
dans le roman Robopocalypse de Daniel H. Wilson dont la
citation ci dessus est extraite, ce soulèvement est directement
assimilé à l'apocalypse chrétienne. Ici un ordinateur intelligent,
Archos, prend le contrôle des machines et prévient l'Homme de sa
fin proche. Nous pouvons cependant tout de suite remarquer que
l'apocalypse n'annonce pas ici la fin du monde comme dans les textes
bibliques mais bien le commencement d'une nouvelle ère où l'humain
ne tient plus le rôle principal.
“where
you have fulfilled the destiny of humankind and created your
successor”
La peur de la
prise du pouvoir des robots n'est en fait que le miroir de la crainte
métaphysique de l'inutilité de la
vie de l'Homme sur terre. Les robots, devenues autonomes, n'ont plus
besoin de l'aide des Hommes et se soulèvent.
Il est intéressant
de voir qu'il n'est jamais question de savoir si l'Homme serait
capable de vivre en harmonie avec un peuple robot autonome. Les
rapports sont toujours conflictuels dès lors que la suprématie de
l'Homme est contestée. L'idée biblique que l'Homme est la création
suprême de Dieu et qu'elle ne peut donc être égalée sous-tend la
plupart des oeuvres. Si cette suprématie est en danger, le seul
moyen pour l'Homme de s'en sortir est de détruire sa création
"You
have accomplished what you were designed to do"
L'idée que
l'Homme n'est qu'un rouage dans le cycle de la vie est très significatif. L'utilisation de "designed to do" renvoit à
l'idée que, comme les robots, nous ne sommes que des êtres créés
dans le but d'accomplir une mission et que nous ne pouvons échapper
à notre condition. C'est d'ailleurs en tentant d'y échapper, c'est
à dire en créant ces robots censés nous libérer des contraintes
imposées par nos limites, que nous nous retrouvons face à notre
destin. Ce paradoxe est primordiale dans la compréhension des
inquiétude face à l'évolution de plus en plus rapide de la
technologie
La lutte contre
les robots : un combat du bien contre le mal.
Le parallèle
entre la révolte des robots et l'apocalypse permet également de
mettre en lumière un aspect fondamentale de la nature humaine: la
capacité de faire la différence entre le bien et le mal. En effet,
dans les textes judéo-chrétiens, l'apocalypse est souvent décrite
comme un combat entre les forces du bien et celles du mal. Les Hommes
doivent rendre compte de leurs actes devant Dieu lors du jugement
dernier. Lors du soulèvement des machines, L'Homme subis également
les conséquences de ces actes et de ce qu'il a créé.
Le soulèvement
est également souvent lié à un excès de logique et de rationalisme de la part des
robots qui sont incapables d'avoir le discernement nécessaire
pour faire des choix "justes". Prenons par exemple un
extrait du film I Robot d'Alex Proyas qui reprend les lois de la
robotique d'Asimov. Dans cet extrait, nous voyons un robot qui
plonge pour sauver des personnes piégés dans une voiture sous l'eau
suite à un accident. Le robot est programmé pour sauver la personne
qui a le plus de chance de survivre, même si cela est au détriment
de la vie de l'autre. Ainsi il sauve la mère piégée et laisse la
fille mourrir. Un Homme aurait surement tenté de sauver les deux,
même si cela risquait d'échouer, ou se serait posé des questions éthiques. Ce problème est l'incarnation
même des craintes formulées envers l'intelligence artificielle. Si
l'intelligence artificielle réussit à imiter les processus de la
pensée, elle n'est pas capable de faire une distinction entre une
bonne et une mauvaise action. La seule action qui sera exécutée sera celle qui sera
rationnelle.
Ainsi, la peur
des robots permet également de faire ressortir ce qui caractérise l'être humain: son libre arbitre incarnée dans son âme. Le libre arbitre qui a fait
croquer Adam dans la pomme et qui est à l'origine, dans les textes,
de notre présence sur la terre. Ce libre-arbitre qui est la faille de l'être humain mais qui le définit.
La crainte du
robot : une nouvelle croyance?
“ L’imaginaire
est allé loin, très loin, beaucoup plus loin que la
technologie ne
semble pouvoir le permettre avant plusieurs décennies ou siècles.
Dans
le monde réel,
l’on cherche en vain le moindre robot capable du centième des
prouesses de ceux
dépeints par Asimov ou les émules de C3PO et R2D2. Quatre vingt
dix ans après
l’apparition du mythe, la science n’a nullement réussi à
relever le défi
posé par les
dramaturges. Peut-être aussi s’agissait-il d’un défi qui n’a
pas lieu
d’être…[...]
En dépit de scénarios accumulant les illogismes, le cinéma et la
littérature
ont cultivé des
mythes et les ont rendus réalistes. Aujourd’hui si l’on opère
un sondage
dans la
population, l’on découvre que les idées cités plus haut se sont
ancrées dans la
subjectivité
commune. Monsieur Tout-le-Monde est persuadé que le robot est le
futur
de l’Homme et
qu’il pourrait bien tôt ou tard glisser l’entité « Homme »
vers la
Corbeille "
Daniel Ichbia,
“le mythe du robot qui menace l'homme”, Agoravox, 12 mars 2012
Pour finir, il est intéressant de voir que ,comme l'explique Daniel Ichbia ci dessus la crainte et les
fantasmes qui se sont créés autour du mythe du robot relèvent d'un
coté des mêmes processus que la c mythes religieux. Il s'est forgé
dans l'imaginaire commun une idée du robot et de la technologie qui
n'a que peut de rapport avec la réalité. Comme la croyance en Dieu,
ces histoires et mythes viennent s'appuyer sur une méconnaissance du
processus de création et d'une peur de l'inconnu. Ils tentent de
répondre aux interrogations profondes de l'Homme sur sa condition et
permettent d'analyser nos actes et leurs conséquences.
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