vendredi 12 avril 2013

La peur des robots et la condition humaine



   Il est intéressant de remarquer que le rapports de domination entre l'Homme et sa machine sont ambiguës. Si la technologie fascine, elle est également souvent l'objet de nombreuses craintes. La culture populaire notamment a sans cesse retranscrit cette méfiance à l'égard de la mécanisation et de la technologie. 
L’Homme a créé la machine pour qu'elle soit plus performante que lui dans l’exécution de certaines tâches. La mécanisation de l'industrie par exemple va permettre d’accélérer la cadence de production et de remplacer le travail de plusieurs personnes. De là naît une inquiétude vis à vis de la technologie. Si la création de l'Homme devient plus performante que l'Homme lui-même, l'Homme en a t'il vraiment le contrôle ? Si la technologie finie par remplacer l'Homme quel est notre place sur la terre ? L'Homme est faillible, la machine peut-elle être parfaite?
Nous verrons qu'à travers toutes les peurs exprimés autour de l’avènement des robots, l'Homme cherche avant tout à questionner sa propre existence et sa place dans la création.

Le soulèvement des machines : l'apocalypse mécanique

You humans are biological machines designed to create ever more intelligent tools. You have reached the pinnacle of your species. All your ancestors’ lives, the rise and fall of your nations, every pink and squirming baby – they have all led you here, to this moment, where you have fulfilled the destiny of humankind and created your successor. You have expired. You have accomplished what you were designed to do.”


Robopocalypse, Daniel H. Wilson

Le soulèvements des robots orchestré dans de nombreuses œuvres de fiction permet à l'homme de se poser des questions sur sa place sur cette terre et les raisons de son existence. C'est d'autant plus marquant quand, comme dans le roman Robopocalypse de Daniel H. Wilson dont la citation ci dessus est extraite, ce soulèvement est directement assimilé à l'apocalypse chrétienne. Ici un ordinateur intelligent, Archos, prend le contrôle des machines et prévient l'Homme de sa fin proche. Nous pouvons cependant tout de suite remarquer que l'apocalypse n'annonce pas ici la fin du monde comme dans les textes bibliques mais bien le commencement d'une nouvelle ère où l'humain ne tient plus le rôle principal.

where you have fulfilled the destiny of humankind and created your successor”

La peur de la prise du pouvoir des robots n'est en fait que le miroir de la crainte métaphysique de l'inutilité de la vie de l'Homme sur terre. Les robots, devenues autonomes, n'ont plus besoin de l'aide des Hommes et se soulèvent.

Il est intéressant de voir qu'il n'est jamais question de savoir si l'Homme serait capable de vivre en harmonie avec un peuple robot autonome. Les rapports sont toujours conflictuels dès lors que la suprématie de l'Homme est contestée. L'idée biblique que l'Homme est la création suprême de Dieu et qu'elle ne peut donc être égalée sous-tend la plupart des oeuvres. Si cette suprématie est en danger, le seul moyen pour l'Homme de s'en sortir est de détruire sa création

"You have accomplished what you were designed to do"

L'idée que l'Homme n'est qu'un rouage dans le cycle de la vie est très significatif. L'utilisation de "designed to do" renvoit à l'idée que, comme les robots, nous ne sommes que des êtres créés dans le but d'accomplir une mission et que nous ne pouvons échapper à notre condition. C'est d'ailleurs en tentant d'y échapper, c'est à dire en créant ces robots censés nous libérer des contraintes imposées par nos limites, que nous nous retrouvons face à notre destin. Ce paradoxe est primordiale dans la compréhension des inquiétude face à l'évolution de plus en plus rapide de la technologie

La lutte contre les robots : un combat du bien contre le mal.

Le parallèle entre la révolte des robots et l'apocalypse permet également de mettre en lumière un aspect fondamentale de la nature humaine: la capacité de faire la différence entre le bien et le mal. En effet, dans les textes judéo-chrétiens, l'apocalypse est souvent décrite comme un combat entre les forces du bien et celles du mal. Les Hommes doivent rendre compte de leurs actes devant Dieu lors du jugement dernier. Lors du soulèvement des machines, L'Homme subis également les conséquences de ces actes et de ce qu'il a créé.

Le soulèvement est également souvent lié à un excès de logique et de rationalisme de la part des robots qui sont incapables d'avoir le discernement nécessaire pour faire des choix "justes". Prenons par exemple un extrait du film I Robot d'Alex Proyas qui reprend les lois de la robotique d'Asimov. Dans cet extrait, nous voyons un robot qui plonge pour sauver des personnes piégés dans une voiture sous l'eau suite à un accident. Le robot est programmé pour sauver la personne qui a le plus de chance de survivre, même si cela est au détriment de la vie de l'autre. Ainsi il sauve la mère piégée et laisse la fille mourrir. Un Homme aurait surement tenté de sauver les deux, même si cela risquait d'échouer, ou se serait posé des questions éthiques. Ce problème est l'incarnation même des craintes formulées envers l'intelligence artificielle. Si l'intelligence artificielle réussit à imiter les processus de la pensée, elle n'est pas capable de faire une distinction entre une bonne et une mauvaise action. La seule action qui sera exécutée sera celle qui sera rationnelle.

Ainsi, la peur des robots permet également de faire ressortir ce qui caractérise l'être humain: son libre arbitre incarnée dans son âme. Le libre arbitre qui a fait croquer Adam dans la pomme et qui est à l'origine, dans les textes, de notre présence sur la terre. Ce libre-arbitre qui est la faille de l'être humain mais qui le définit.


La crainte du robot : une nouvelle croyance?

L’imaginaire est allé loin, très loin, beaucoup plus loin que la
technologie ne semble pouvoir le permettre avant plusieurs décennies ou siècles. Dans
le monde réel, l’on cherche en vain le moindre robot capable du centième des
prouesses de ceux dépeints par Asimov ou les émules de C3PO et R2D2. Quatre vingt
dix ans après l’apparition du mythe, la science n’a nullement réussi à relever le défi
posé par les dramaturges. Peut-être aussi s’agissait-il d’un défi qui n’a pas lieu
d’être…[...] En dépit de scénarios accumulant les illogismes, le cinéma et la littérature
ont cultivé des mythes et les ont rendus réalistes. Aujourd’hui si l’on opère un sondage
dans la population, l’on découvre que les idées cités plus haut se sont ancrées dans la
subjectivité commune. Monsieur Tout-le-Monde est persuadé que le robot est le futur
de l’Homme et qu’il pourrait bien tôt ou tard glisser l’entité « Homme » vers la
Corbeille "

Daniel Ichbia, “le mythe du robot qui menace l'homme”, Agoravox, 12 mars 2012

Pour finir, il est intéressant de voir que ,comme l'explique Daniel Ichbia ci dessus la crainte et les fantasmes qui se sont créés autour du mythe du robot relèvent d'un coté des mêmes processus que la c mythes religieux. Il s'est forgé dans l'imaginaire commun une idée du robot et de la technologie qui n'a que peut de rapport avec la réalité. Comme la croyance en Dieu, ces histoires et mythes viennent s'appuyer sur une méconnaissance du processus de création et d'une peur de l'inconnu. Ils tentent de répondre aux interrogations profondes de l'Homme sur sa condition et permettent d'analyser nos actes et leurs conséquences.






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